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Étang envahi par la jussie et le myriophylle qui recouvrent presque toute la surface de l'eau

Plantes aquatiques envahissantes dans l'étang : identifier et agir

Mis à jour le 1er novembre 2026 · Par Les experts Foudebassin, experts depuis 1998

Toutes les plantes qui envahissent un étang ne sont pas des « envahissantes » au sens de la loi. Trois familles se côtoient : les exotiques réglementées (jussies, myriophylle du Brésil, lagarosiphon, élodée de Nuttall, crassule de Helms), les exotiques non listées mais surveillées (azolla, lentille d'eau minuscule, élodée du Canada) et les indigènes qui prolifèrent parce que l'eau est riche (najas, cornifle, potamots).

La réponse tient en trois gestes : identifier avant d'agir, ne jamais couper en morceaux une plante qui se multiplie par fragments, retirer à la main puis évacuer hors de l'eau. Aucun produit chimique n'a sa place dans un plan d'eau, et on traite ensuite la cause : l'excès de nutriments.

13plantes aquatiques sur la liste de l'Union européenne (mise à jour de 2025)
15 jourspour doubler la biomasse d'une jussie, selon le CBN de Bailleul
< 5 mmtaille d'un fragment de crassule qui peut encore repartir
7 jourspour qu'un tapis d'azolla double sa surface

Sommaire

  1. Exotique, envahissante, indigène : de quoi parle-t-on ?
  2. Reconnaître les principales espèces
  3. Quand la plante qui déborde est indigène
  4. Ce que dit la loi en Belgique et en France
  5. Agir en 4 étapes
  6. Après le retrait : traiter la cause
  7. Questions fréquentes

Exotique, envahissante, indigène : de quoi parle-t-on ?

Le mot « envahissante » est utilisé à tort et à travers. Une plante peut couvrir la moitié d'un étang sans être envahissante au sens réglementaire, et une autre, discrète au début, peut être interdite de vente. Le tableau ci-dessous aide à situer ce que vous avez devant vous.

Famille Exemples Statut Réflexe
Exotiques réglementées Jussies, myriophylle du Brésil, lagarosiphon, élodée de Nuttall, crassule de Helms, hydrocotyle fausse-renoncule Liste de l'Union européenne : vente, détention, culture et introduction dans la nature interdites Signaler, retirer avec précaution, ne jamais replanter
Exotiques non listées à l'échelle européenne Azolla, lentille d'eau minuscule, élodée du Canada, égéria Restrictions régionales possibles (en Wallonie : plantation et dépôt de déchets verts) Retirer, ne pas replanter ni jeter dans la nature
Indigènes qui prolifèrent Najas, cornifle, potamots, myriophylle en épi Pas de statut d'envahissante Réduire les nutriments, ajuster l'entretien

Reconnaître les principales espèces

Pour identifier une plante, trois indices suffisent souvent : la forme des feuilles, la longueur et le port de la tige, et la fleur quand elle existe. Le schéma donne une première orientation, le tableau qui suit précise les repères.

Que voyez-vous dans l'eau ?Feuilles rondes lobées,flottantes ou dresséesHydrocotyle fausse-renoncule (liste UE)Tapis flottant vert ourouge, plantes minusculesAzolla ou lentille d'eauminuscule : à surveillerTige immergée, feuillesen spirale recourbéeLagarosiphon ou élodéede Nuttall (liste UE)Tiges dressées horsde l'eau, en plumeMyriophylle du Brésil(liste UE)Fleurs jaunes etrosettes flottantesJussie (liste UE) :signalez-laHerbier épais, feuillesfines ou en peignePlutôt indigène : najas,cornifle, potamot
Une première clé d'identification : elle oriente, elle ne remplace pas une vérification sur photo.
Plante Repères visuels Statut
Jussies (Ludwigia grandiflora, L. peploides) Fleurs jaunes à pétales de 10 à 23 mm, tiges dressées d'environ 50 cm, feuilles allongées de 4 à 12 cm, rosettes flottantes Liste UE
Myriophylle du Brésil Tiges qui dépassent de l'eau, feuilles découpées en plume Liste UE
Lagarosiphon Tiges jusqu'à 3 m, feuilles de 1 à 2 cm fortement recourbées en spirale Liste UE
Élodée de Nuttall Tiges de 50 à 80 cm, feuilles d'environ 1 cm par trois, courbées « en tire-bouchon » Liste UE
Crassule de Helms Tiges fines et rampantes, feuilles opposées de 0,5 à 2 cm, petites fleurs blanches à roses à quatre pétales Liste UE depuis 2025
Hydrocotyle fausse-renoncule Feuilles rondes et lobées de 2 à 6 cm Liste UE
Azolla Tapis de plantes de 2 à 5 cm, parfois rouge vin Wallonie : annexe IV
Lentille d'eau minuscule 1 à 3 mm, plus longue que large, restant verte Wallonie : annexe IV

Repères d'après le guide des plantes exotiques envahissantes du CBN de Bailleul. Les élodées et le lagarosiphon se ressemblent : au moindre doute, demandez un avis sur photo.

Quand la plante qui déborde est indigène

Une plante indigène qui se développe fortement n'est pas hors la loi : c'est un message. L'eau est riche, souvent parce que la vase relâche ses nutriments et que des apports s'y ajoutent (feuilles, nourriture, ruissellement). Arracher sans cesse sans agir sur la cause revient à vider une baignoire sans fermer le robinet.

La najas marina en est l'exemple classique. Pour les lentilles d'eau, nous détaillons deux approches dans nos articles sur les lentilles d'eau dans un étang et leur retrait sans danger pour les poissons. L'ensemble s'inscrit dans l'équilibre décrit dans notre guide de l'étang naturel sain.

La carpe amour est parfois citée comme solution. Les essais montrent qu'elle préfère certaines plantes (najas, potamots, élodée du Canada) et délaisse le cornifle, et son introduction est encadrée : nous y revenons dans notre article sur les types de carpes d'étang, avec celui sur le nombre de carpes amour.

Ce que dit la loi en Belgique et en France

Niveau Texte Ce que cela change pour vous
Union européenne Règlement (UE) n° 1143/2014 et règlements d'exécution (dernière mise à jour : 17 juillet 2025) Pour les espèces de la liste : interdiction de vente, de détention, de mise en culture et d'introduction dans la nature
France Arrêté du 14 février 2018 (JORF du 22 février 2018) Interdit, pour les spécimens vivants de la liste : introduction dans le milieu naturel, détention, transport, utilisation, échange, vente et achat
Wallonie Décret du 2 mai 2019 et ses annexes Annexe III : plantation et dépôt de déchets verts interdits partout. Annexe IV : interdits à moins de 50 m des cours d'eau et des sites protégés

Concrètement : une plante de la liste ne s'achète pas, ne se replante pas, ne s'offre pas et ne se jette pas dans la nature. En Wallonie, l'azolla, l'élodée du Canada et la lentille d'eau minuscule sont en annexe IV, la crassule de Helms et l'égéria en annexe III. En cas de doute, signalez la plante à votre commune ou sur l'observatoire de la biodiversité wallonne. La Flandre et Bruxelles ont leurs propres règles : renseignez-vous localement.

Les listes évoluent : la crassule de Helms n'est entrée sur la liste européenne qu'en 2025. Vérifiez le statut d'une espèce avant d'en planter ou d'en céder.

Agir en 4 étapes

  1. Identifier. Photographiez feuilles, tige et fleur, puis comparez avec la clé ci-dessus. Si l'espèce figure sur la liste de l'Union, signalez-la à votre commune.
  2. Barrer la sortie. Avant tout arrachage, placez un filtre en aval ou autour de la zone. Le CBN de Bailleul cite des mailles de 1 × 1 cm pour l'élodée de Nuttall et un filet de 1,5 mm pour la lentille d'eau minuscule.
  3. Retirer à la main. Sur de petites surfaces, arrachez avec les racines, à la main, à l'épuisette fine ou au râteau, en ramassant chaque fragment. Pour la jussie, comptez au moins deux passages les premières années. Ne vous contentez pas de faucarder : la coupe seule produit des fragments.
  4. Évacuer. Sacs fermés, stockés hors zone humide et hors zone inondable. Jamais dans l'eau, un fossé ou un cours d'eau.
Couper ou arracher ?Couper en morceaux1. La tige est coupée2. Chaque morceau flotte3. Chacun repart : lescolonies se multiplientArracher entier1. Filet en aval2. Plante retirée avecses racines, à la main3. Sac fermé, évacuéhors zone humide
Une plante qui se multiplie par fragments se retire entière : couper la disperse.

Pour les tapis flottants et les petits débris, une épuisette à très fines mailles fait l'essentiel du travail. C'est le matériel que nous gardons à portée de main au bord des plans d'eau.

Étalez le chantier sur plusieurs passages courts, avec filet et sacs prêts avant de commencer. Un retrait méthodique vaut mieux qu'un arrachage massif qui disperse. Et gardez en tête que chaque plante retirée sans traiter la cause reviendra.

En complément : limiter la repousse des plantes immergées

Contre les plantes immergées (myriophylle, élodée, égéria, cératophylle…), un colorant pour bassin peut compléter le retrait manuel : il filtre une partie de la lumière et limite la photosynthèse des plantes immergées et des algues. Selon la fiche : 2 sachets de 100 g pour 1 000 m², action de 4 à 6 semaines selon l'ensoleillement et le renouvellement de l'eau, à débuter au printemps avant le plein développement. Selon le fabricant, il est compatible avec les poissons et la baignade aux doses recommandées. Pour les grandes surfaces : format 10 sachets.

Il n'agit pas sur les plantes émergées ou flottantes (jussie hors de l'eau, jacinthe d'eau…). Pour les espèces réglementées (règlement UE 1143/2014), l'arrachage soigneux, l'évacuation des déchets et le signalement restent la base. Plan d'eau relié à un cours d'eau ou soumis à autorisation : vérifiez la réglementation locale avant tout ajout.

N'employez aucun produit chimique pour traiter les plantes d'un plan d'eau : ils sont très encadrés près de l'eau et menacent la faune et la qualité de l'eau. Le guide du CBN de Bailleul rappelle par exemple une interdiction de traitement chimique à moins de 5 m de l'eau pour l'azolla.

Après le retrait : traiter la cause

Une plante proliférante se nourrit de ce que l'eau lui offre. On réduit donc les nutriments à la source : feuilles ramassées avant qu'elles ne coulent, nourrissage modéré, tonte et engrais tenus loin de l'eau. On oxygène aussi le fond, car une vase riche et privée d'oxygène libère des nutriments.

Pour la vase organique, Aquipond Bactovase est la solution que nous utilisons pour accompagner la dégradation de ce réservoir ; la fiche propose un calculateur de dose selon la surface. Notre article sur le traitement de la vase explique la méthode.

Enfin, replantez des espèces locales : elles ombragent, prélèvent des nutriments et occupent la place. Notre liste de plantes aquatiques filtrantes et celle des plantes flottantes vous aident à choisir ; vérifiez toujours que l'espèce n'est pas réglementée.

  • La plante est identifiée sur photo, et son statut vérifié.
  • Un filtre est posé en aval avant tout retrait.
  • Les plantes sont retirées entières, sans être coupées sur place.
  • Les déchets végétaux sont en sacs fermés, hors zone humide.
  • Les nutriments sont réduits : feuilles, nourriture, vase.
  • Seules des espèces locales non réglementées sont replantées.

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Questions fréquentes

Comment reconnaître une plante aquatique envahissante ?

Regardez la forme des feuilles, la longueur des tiges et la présence de fleurs, puis comparez avec la clé de cet article. En cas de doute, photographiez la plante et envoyez les photos à votre commune ou à un organisme spécialisé : plusieurs espèces voisines, comme les élodées, se ressemblent beaucoup.

L'élodée et la najas sont-elles des plantes envahissantes ?

L'élodée de Nuttall figure sur la liste de l'Union européenne, l'élodée du Canada est exotique mais non listée à ce niveau, et la najas est une plante indigène. Cette dernière peut proliférer dans une eau riche, sans pour autant être réglementée comme envahissante.

Puis-je acheter ou replanter une plante de la liste européenne ?

Non. Pour les espèces de la liste de l'Union européenne, la vente, la détention, la culture et l'introduction dans la nature sont interdites. En France, l'arrêté du 14 février 2018 interdit aussi leur transport, leur utilisation, leur échange et leur achat.

Faut-il faucarder ou couper les herbiers ?

Pas seul. Pour la jussie, le lagarosiphon ou l'élodée de Nuttall, le faucardage produit des fragments qui repartent. On préfère le retrait manuel, avec un filet en aval, et l'évacuation complète des plantes retirées.

Que faire des plantes arrachées ?

Mettez-les dans des sacs fermés et stockez-les hors de la zone humide et hors des zones inondables. Le compostage n'est envisageable que si plus aucun fragment ne peut repartir, par exemple après séchage complet pour l'azolla. Ne les jetez jamais dans un fossé ou un cours d'eau.

La carpe amour est-elle une solution contre les plantes ?

Ce n'est ni simple ni universel. Elle préfère certaines plantes à d'autres, son introduction est soumise à autorisation en France et elle ne règle pas la cause, c'est-à-dire l'excès de nutriments. Notre article sur les types de carpes détaille les conditions.

Un colorant suffit-il contre les plantes envahissantes ?

Non, il ne remplace pas le retrait. Le colorant filtre une partie de la lumière et limite la photosynthèse des plantes immergées, mais il n'agit pas sur les plantes émergées ou flottantes. Pour les espèces réglementées, l'arrachage manuel soigneux, l'évacuation des déchets et le signalement restent la base ; le colorant complète pour limiter la repousse immergée.

Pour aller plus loin

Sources consultées : Centre de ressources EEE : liste de l'Union · EPPO : mise à jour de la liste, juillet 2025 · CBN de Bailleul : guide des plantes exotiques envahissantes · UVCW : liste des plantes exotiques envahissantes, Wallonie

Les experts Foudebassin, experts depuis 1998. Article rédigé à partir des sources ci-dessus et de notre expérience des étangs.

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